2 septembre 2026
Éliane Laberge, agente de développement culturel bilingue à Innovation Î.-P.-É., devant Pulchra Notiones #1 (2023), une aquarelle de Hans Wendt appartenant à la Banque d’oeuvres d’art de l’Île-du-Prince-Édouard. (Photo : Eric Bergeron)
La création artistique de l’Île-du-Prince-Édouard change avec ceux et celles qui la font vivre. CréativÎPÉ, une nouvelle identité destinée au secteur créatif, vise à mieux faire connaître ce qui se crée ici, tout en accompagnant les artistes dans leur travail.
Pour Éliane Laberge, agente de développement culturel bilingue à Innovation Î.-P. É., le défi ne consiste pas seulement à soutenir la création : encore faut-il que les Insulaires la découvrent.
Les images que l’on se fait de l’Île sont bien connues. L’aquarelle d’un ciel limpide, ponctué du rouge d’un phare à l’horizon, avec une cage à homard en avant-plan, a connu le succès qu’on lui connaît. Mais l’art, comme toute forme d’expression, évolue au fil de celles et ceux qui le pratiquent.
Depuis quelques années, le visage de l’Île change, et sa création avec lui. Éliane Laberge remarque notamment l’émergence de nouvelles voix dans les projets artistiques.
« La population de l’Île se diversifie beaucoup depuis les dix dernières années. On voit de plus en plus de projets de nouveaux arrivants, de personnes nouvellement immigrées au Canada qui s’installent ici. Il y a toutes sortes de perspectives, je trouve, qui ressortent maintenant. »
L’identité artistique de l’Île est ainsi de plus en plus variée et parfois surprenante. Sans renier les images qui ont marqué son passé, elle déborde aujourd’hui du cadre. Et c’est précisément ce que la province souhaite mettre en évidence avec CréativÎPÉ.
Une identité commune
La nouvelle image de marque pourra apparaître sur les projets artistiques soutenus par la province, qu’il s’agisse d’un album, d’un livre, d’un film, d’une exposition ou d’un spectacle. Les trois formes du logo, inspirées du verre de mer, se chevauchent pour évoquer la rencontre des disciplines. Le bleu rappelle l’eau, le vert les champs et l’orange la terre rouge.
« C’est d’avoir un élément unificateur pour tous les projets qu’on soutient, pour que les gens puissent reconnaître : “OK, ça, c’est un projet soutenu par le gouvernement, c’est quelque chose qui se fait ici à l’Île.” »
Éliane Laberge accueille La Voix acadienne dans les bureaux d’Innovation Î.-P.-É., entourée d’oeuvres provenant de la Banque d’oeuvres d’art provinciale, créée en 1979. Le décor se prête bien à la conversation. Originaire de Gatineau, elle occupe son poste depuis trois ans après avoir travaillé au Conseil des arts du Canada.
Elle écrit elle-même de la poésie et de la prose et fréquente spectacles et expositions.
« C’est une passion. Mon travail, mais aussi les arts et la culture en général. J’en consomme à l’extérieur du travail. Je ne fais pas juste ça de 9 à 5. »
CréativÎPÉ mise sur les couleurs de l’Île : le bleu de l’eau, le vert des champs et l’orange de la terre rouge. Les formes inspirées du verre de mer se chevauchent pour évoquer la rencontre des différentes disciplines artistiques.
Donner les moyens de créer
Une partie de son travail consiste à accompagner les artistes qui cherchent à faire avancer leur pratique. Deux fois par année, la province dispose de 100 000 $ pour son programme de subventions aux arts. Les sommes peuvent servir à la création d’une oeuvre, à sa diffusion ou au développement professionnel d’un artiste.
Un programme distinct est également consacré aux arts autochtones, donnant aux artistes autochtones une possibilité supplémentaire de soutien, sans les empêcher de présenter une demande aux programmes réguliers.
Les projets sont évalués par des comités formés d’artistes professionnels de différentes disciplines. Et le paysage ou le sujet familier n’est pas nécessairement celui qui retient leur attention.
« Il y a de la place pour la recherche, l’expérimentation dans l’art », souligne Éliane Laberge. « Je vois que les comités aiment ce genre de projet et aiment soutenir les gens qui font les choses autrement, qui essayent, qui prennent des risques. »
Créer, mais aussi être vu
Le soutien ne s’arrête cependant pas à la réalisation d’une oeuvre. Pour Éliane Laberge, l’autre partie du travail consiste à rapprocher les créateurs du public.
Innovation Î.-P.-É. Organise notamment, avec le Centre des arts de la Confédération, des 5 à 7 permettant aux artistes de différentes disciplines de se rencontrer. Relancées l’an dernier après une interruption liée à la pandémie, ces rencontres répondent, dit-elle, à une demande provenant directement du milieu.
CréativÎPÉ ajoute maintenant un autre morceau à cet effort : rendre reconnaissables les oeuvres qui émergent de cette communauté et donner au public le réflexe de chercher ce qui se crée près de chez lui.
« Moi, j’envisage voir plus d’art et de culture créés ici à l’Île qui sont plus atteignables pour le public, pour les gens de tous les jours. »
Son souhait est que les Insulaires puissent se reconnaître dans ce qui est produit chez eux, en être fiers et surtout aller à sa rencontre.
« Que les gens soient fiers des industries créatives d’ici, puis qu’ils la consomment, cette culture-là. »
À l’Île, cette proximité n’est jamais très loin. Après avoir travaillé à l’échelle du pays, Éliane Laberge apprécie aujourd’hui de pouvoir croiser les artistes qu’elle accompagne, assister à leurs spectacles et suivre leur évolution.
« La petite taille de la communauté fait en sorte que tu es plus au courant de ce qui se passe [que tu as] un contact plus direct avec les artistes. »
Et lorsqu’un projet soutenu trouve son public ou qu’un artiste poursuit son chemin, elle l’avoue : « Il y a une certaine fierté qui vient avec ça. »
« Divide» , une huile sur toile réalisée en 2024 par Heather Millar, présente une vue aérienne de la rivière De Sable à marée basse, où paysage naturel et aménagements humains se rencontrent. (Source : Banque d’oeuvres d’art de l’Île-du-Prince-Édouard)

« Amalgam: Wrack Lines», une oeuvre en coton tissé à la main réalisée en 2023 par Rilla Marshall, s’inspire d’images prises par drone pour explorer l’érosion et la transformation des côtes de l’Île. (Source : Banque d’oeuvres d’art de l’Île-du- Prince-Édouard)






