Santé
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Floran Enjalbal, gestionnaire en employabilité au RDÉE ÎPÉ. (Photo : Courtoisie)
• Par Maxime Maneiri / IJL - La Voix acadienne
L’accès aux services de santé en français demeure un enjeu important à l’Île-du-Prince-Édouard. La situation pourrait se compliquer dans les prochaines années. Un rapport publié par RDÉE Canada et Société Santé en français met en lumière l’ampleur des défis qui attendent les communautés francophones à travers le pays.
Selon les données présentées dans le rapport publié par RDÉE Canada et Société Santé en français, environ 65 000 travailleurs de la santé francophones prendront leur retraite d’ici 2035, alors que seulement 15 000 nouveaux diplômés devraient entrer dans le système. Cet écart risque d’accentuer les pénuries, particulièrement dans les régions où les services en français sont déjà limités
Pour Florian Enjalbal, gestionnaire en employabilité au RDÉE ÎPÉ, plusieurs facteurs expliquent cette situation. «On se rend compte qu’il y a un vieillissement du personnel de la santé et qu’il y a aussi des fractures géographiques. Dans certaines régions, notamment dans les provinces atlantiques, on parle de véritables déserts médicaux», explique-t-il.
L’immigration pourrait contribuer à combler une partie des besoins, mais les professionnels formés à l’étranger se heurtent souvent à de nombreux obstacles. Parmi les principaux enjeux identifiés figurent les barrières linguistiques, la reconnaissance des diplômes et le manque d’expérience locale exigée pour exercer certaines professions.
«La reconnaissance de diplôme, c’est souvent un parcours du combattant, avec des coûts, des délais et des exigences très spécifiques», souligne Florian Enjalbal. Dans certains cas, des professionnels hautement qualifiés se retrouvent sous-employés, faute de pouvoir exercer leur profession au Canada.
Un autre problème touche les professionnels francophones déjà en poste. Dans un système majoritairement anglophone, ils peuvent être appelés à répondre aux besoins de plusieurs services à la fois, lorsque des patients francophones requièrent des soins dans leur langue. Cela peut entraîner une surcharge de travail.
Le rapport souligne également le manque de programmes de formation en santé offerts en français au Canada, surtout à l’extérieur du Québec.
59 postes bilingues difficiles à combler
À l’Île-du-Prince-Édouard, les besoins sont bien réels. Selon Élise Arsenault, directrice du Réseau de santé en français ÎPÉ, 59 postes désignés bilingues existent actuellement dans les services de santé de la province. Toutefois, plusieurs demeurent vacants ou en processus de dotation.
« Lorsqu’on affiche des postes, on sait qu’il y a des pénuries dans tous les domaines et dans toutes les professions », précise-t-elle.
Le manque d’accès à des programmes de formation en santé en français dans la province constitue un obstacle important. Les étudiants francophones doivent souvent quitter l’Île pour poursuivre leurs études.
«Une fois qu’ils étudient dans une autre province, ils développent leur réseau là-bas et il devient plus difficile de les ramener dans leur province natale», poursuit Élise Arsenault.
Élise Arsenault, directrice du Réseau Santé en français ÎPÉ relève un manque d’accès à beaucoup de programmes de formation en français. (Photo : Courtoisie)
Pour favoriser le retour de ces étudiants, différentes pistes sont envisagées, notamment la réservation de places pour des étudiants de l’Île dans des institutions francophones, accompagnée d’ententes pour encourager leur retour après leurs études.
Le réseau mise aussi sur des initiatives de recrutement ciblées. Chaque année, une base de données d’étudiants francophones en santé est mise à jour afin d’aider les employeurs à repérer de futurs professionnels susceptibles de revenir travailler dans la province. L’an dernier, 67 étudiants ont été identifiés.
Le réseau multiplie également les activités de sensibilisation dans les écoles afin d’encourager les jeunes francophones à envisager une carrière en santé.
Malgré ces efforts, les défis demeurent importants. Selon le rapport, près de 90 % des professionnels de la santé francophones au Canada se trouvent au Québec, ce qui laisse peu de ressources pour les communautés minoritaires ailleurs au pays.
Dans ce contexte, plusieurs intervenants estiment qu’il faudra miser à la fois sur la formation, l’immigration et la collaboration entre les provinces pour améliorer l’accès aux services de santé en français à l’ÎPÉ.
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