Sylvain Gagné est producteur de bleuets depuis l’an 2000, grâce à sa terre située dans la région de Morell.
Se lancer en affaire est toujours une aventure. On fait des plans, on prévoit, on projette peu importe le soin qu’on apporte à ces étapes cruciales, il arrive que des obstacles imprévus ralentissent nos projets.
C’est là que la détermination devient précieuse. Et déterminé, Sylvain Gagné l’est. «C’est certain que mon projet n’avance pas aussi rapidement que j’aimerais, et je ne comprends pas exactement pourquoi, car j’ai le produit, j’ai les contrats d’approvisionnement, je crée des emplois, j’améliore les revenus des producteurs de bleuets et pourtant, les bailleurs de fonds hésitent. Ça ne m’arrête pas. J’ai des contrats d’approvisionnement en bleuets frais pour la saison 2018 et ma priorité, c’est de les honorer».
Sylvain Gagné est enseignant et professeur d’université depuis quelques années. Il est aussi producteur de bleuets depuis l’année 2000, grâce à sa terre située dans la région de Morell, à l’est de Charlottetown.
Comme les quelque 125 producteurs de bleuets de l’Île, il vendait ses bleuets à des compagnies de congélation et de distribution. «Les prix ont atteint 70 cents la livre et ils ont ensuite diminué à 20 cents la livre. Il y a même des producteurs qui ont décidé de ne pas récolter parce que ça ne valait pas la peine», a insisté Sylvain Gagné.
C’est dans ce contexte de prix désastreux que Sylvain Gagné a développé la niche du bleuet frais. «Partout où j’allais, peu importe le magasin, je ne voyais jamais de bleuets sauvages locaux frais. Ça a piqué ma curiosité. En 2015, j’ai participé à ma première mission de vente à Montréal avec RDÉE Î.-P.-É. Là, j’ai commencé à entrevoir que le marché du bleuet frais était une filière à exploiter parce qu’il n’y en avait pas. J’ai commencé à tester des choses pour produire des bleuets frais. Le secret du bleuet frais, c’est la cueillette. Le bleuet est un fruit fragile. Les méthodes de cueillette industrielles endommagent le bleuet et l’empoussièrent, si bien qu’on est obligés de le laver. Une fois lavé, on n’a plus le choix de le congeler. Donc, j’ai exploré le mode de cueillette».
Sylvain Gagné a répondu «présent» à chacune des missions de vente à Montréal coordonnées par RDÉE Î.-P.-É. et lors de la mission d’avril dernier, il a sécurisé des contrats d’approvisionnement en bleuets frais avec de grandes chaînes de distribution.
«Mon plan d’affaires prévoit la construction d’une petite usine réfrigérée avec une ligne de production pour le triage et le nettoyage des bleuets, ainsi que l’emballage. C’est mon plan A, mon idéal. Et je n’ai pas l’impression que ça va se réaliser cette année. Mais j’ai un plan B, parce que ma priorité est d’honorer mes contrats. Je n’ai pas fait tout ce travail pour ruiner ma réputation dans le marché du bleuet frais pour des détails».
Son plan B consiste en la location d’une petite usine et d’une chaîne de montage existante à Montague. Il devra dépenser de l’argent pour transporter les bleuets de Morrrell à Montague, et il devra embaucher des gens pour faire l’emballage manuellement. «Ce n’est pas l’idéal, mais cette option me permet d’honorer mes contrats. À ce point-ci, c’est ma priorité».
Enseignant et professeur, Sylvain Gagné pourrait facilement gagner sa vie sans se casser la tête à échafauder des solutions pour sa compagnie de bleuets. Alors, pourquoi se donner cette misère? «C’est une passion. Ça ne s’explique pas. J’aime travailler la terre, j’aime les bleuets et j’aime gérer des projets. J’avoue que c’est plus difficile que je pensais de persuader les bailleurs de fonds. Je pensais, un peu naïvement peut-être, qu’ils voulaient aider les entrepreneurs à créer des emplois et à développer des marchés avantageux. Malgré les délais avec lesquels je vis présentement, je suis déterminé. Je veux que ça marche. Je vais embaucher 30 personnes à l’automne pour la cueilletteet le triage. Je vais acheter des bleuets de plusieurs producteurs à des prix concurrentiels, et je prévois livrer de 5 000 à 7 000 caisses de bleuets par semaine à Montréal.
Ça va être très intense», a souri Sylvain Gagné.

- Par Jacinthe Laforest






