26 août 2026
4. Les confitures de Finnegan

Finnegan Chandler, accompagné de sa soeur, Rankin, et de son père, Scott, devant le kiosque de Finnegan’s Jam installé au bout de l’allée familiale. La petite Jeep électrique rose de Rankin sert même à transporter les pots lorsque vient le temps de renflouer les tablettes.


ERIC BERGERON

Tout a commencé avec quelques fraises, une dizaine de pots et une visite au magasin de jouets. Cinq ans plus tard, Finnegan Chandler a transformé cette première expérience en une petite entreprise qui grandit avec lui, un pot de confiture à la fois.

Finnegan a neuf ans. Il aime les fraises, la gymnastique, les Lego et Star Wars. Avec l’argent reçu de la vente de ses confitures, il vient de s’offrir une guitare électrique et un ampli. Les cours de guitare ne peuvent arriver trop tôt, souligne Scott Chandler, son père. Finnegan rêve aussi d’un go-kart ou d’un quad. En attendant, c’est au volant de la petite Jeep électrique rose de sa sœur Rankin qu’il transporte ses pots jusqu’au kiosque au bout de l’allée. Une petite entreprise commencée presque par hasard à l’âge de quatre ans et qui devrait produire quelque 2 000 pots cet été.

Sur le comptoir de la cuisine familiale se trouvent près d’une centaine de petits pots Mason. Ils sont le fruit du travail matinal, presque quotidien d’ailleurs, de l’entreprise menée par le jeune Finnegan. Fraise, bleuets, framboise et rhubarbe, les odeurs qui s’y dégagent ne laissent aucun doute ; ici, on est au royaume de la confiture !

« Prends-en un dans tes mains. Regarde, ils sont encore tout chauds », lance le jeune entrepreneur. La confiture aux bleuets refroidit tranquillement tandis qu’il désigne une impressionnante tour de pots empilés sous l’escalier, prêts à servir à renflouer le petit kiosque extérieur.

« Tous les jours, je vais vérifier l’état du stand. Je ramasse l’argent et je compte l’inventaire », explique-t-il.

Ce matin-là, une petite surprise l'attendait : une carte laissée par une cliente.

« Finnegan, j’adore ton enthousiasme et ton esprit entrepreneurial. J’aime encourager les entreprises locales », pouvait - on y lire.

Les petits mots ne sont pas la seule indication de la popularité de ses confitures. Il arrive régulièrement que le kiosque soit complètement dévalisé.

Le premier présentoir ne pouvait contenir qu’une trentaine de pots et la famille recevait parfois des appels de clients arrivés devant des tablettes vides.

« Si je ne garde pas l’oeil sur le kiosque, les gens viennent carrément sonner à la porte », raconte Finnegan.

Le nouveau présentoir peut maintenant accueillir près d’une centaine de pots. Une capacité qui aurait semblé démesurée il y a cinq ans, lorsque toute l’aventure a commencé.


L’aventure débute très tôt

« Avant même la naissance de Finnegan, j’avais planté près de 600 plants de fraises, explique Scott Chandler. Je trouvais important d’enseigner à mes enfants la valeur du travail et je me suis dit : quelle meilleure façon d’y arriver qu’avec de délicieux fruits? »

Soudain, la petite Rankin éclate de joie : « J’adoooore les fruits! »

Finnegan rigole en regardant tendrement sa soeur.

« Malheureusement, poursuit leur père, la récolte était plutôt décevante et nous avions à peine de quoi faire quelques pots de confiture. »

« J’avais quatre ans. On les a vendus à mes grands-parents, continue Finnegan. Avec cet argent, je suis allé au magasin de jouets. Et l’année suivante, on est allés cueillir des fraises ailleurs et on a réussi à faire plus de petits pots. Et hop ! De retour au magasin de jouets. »

Ainsi est née une tradition familiale

Le projet allait ensuite trouver un cadre grâce au Programme des Jeunes millionnaires, auquel Finnegan a participé.

Bien connu, ce programme permet aux jeunes de faire leurs premiers pas en entrepreneuriat en développant leur propre petite entreprise.

Dans le cas de Finnegan, l’expérience ne s’est pas arrêtée avec la fin du programme. Les pots se sont multipliés et les affaires ont continué de grandir d’un été à l’autre.

Cinq ans plus tard, la recette demeure pourtant toute simple : des fruits, du sucre et du citron. Pas de pectine ajoutée. Une façon de faire qui demande davantage de temps de cuisson, mais à laquelle la famille tient.

Du temps, il en faut désormais beaucoup plus. Une dizaine de pots ne représentait pas un grand défi. Cet été, la production devrait en atteindre environ 2 000. Et tout se fait encore sur les quatre brûleurs de la cuisinière familiale.

Finnegan participe à plusieurs étapes de la préparation. Il aime particulièrement équeuter les fraises et couper la rhubarbe.


Rankin, elle, a déjà choisi sa spécialité.

« Ma partie préférée, c’est mettre le sucre », annonce-t-elle.

Elle marque une courte pause avant d’avouer qu’il lui arrive aussi d’en manger lorsque personne ne regarde.

Les chaudrons bouillants demeurent toutefois l’affaire des parents. Une précaution d’autant plus importante lorsqu’on prépare la confiture aux fraises, qui a la fâcheuse habitude de monter rapidement dans la casserole.

« Il faut seulement remplir le chaudron à moitié, explique Finnegan. Sinon, ça monte et ça déborde partout. »

Le fameux « volcan » de fraises survient malgré tout environ une fois par année, reconnaît son père.

1.Les confitures de Finnegan

Une matinée de travail peut produire plusieurs dizaines de pots dans lacuisine familiale. Finnegan participe notamment à la préparation des fruits, tandis que ses parents s’occupent des chaudrons bouillants.

 

Un coup de pouce bien apprécié

La croissance de Finnegan’s Jam a aussi obligé la famille à trouver beaucoup plus de fruits. C’est là que Farmer Katie et Farmer Matt, de Compton’s Farm Market, sont devenus des alliés importants. « Sans Farmer Matt et Farmer Katie, on n’aurait pas d’entreprise de confiture », affirme Scott.

Depuis trois ans, Katie Compton accompagne Finnegan dans son projet. Cet été, alors que la demande atteignait un tout autre niveau, Compton’s lui a notamment permis d’avoir accès aux quantités de fruits dont il avait besoin. L’entreprise l’aide également à se procurer les pots à meilleur prix.


« L’an dernier, je dirais qu’il avait fait environ 300 pots de confiture. Cette année, il est rendu à 2 000. C’est renversant », souligne Farmer Katie.

Pour elle, donner un coup de main au jeune entrepreneur est aussi une façon de rendre ce qu’elle et son conjoint ont eux-mêmes reçu lorsqu’ils développaient leur entreprise.

« Sans les gens qui ont cru en Matt et moi, nous ne serions jamais rendus où nous sommes aujourd’hui. Parfois, tu as besoin de quelqu’un qui croit en toi et qui te donne un coup de main pour voir ce qui est possible. »

Elle tient toutefois à rappeler que derrière les pots portant le nom de Finnegan se cache un important travail familial.

« Je donne beaucoup de crédit à son père. Sans Scott, il n’y aurait pas non plus Finnegan’s Jam. »


3. Les confitures de Finnegan
Farmer Katie accompagne Finnegan dans son projet depuis trois ans. Compton’s Farm Market lui fournit notamment un précieux soutien pour son approvisionnement en fruits et en pots.

 

La bosse des affaires

Scott ne le cache pas. Avec 2 000 pots, lui et son épouse passent beaucoup de temps devant la cuisinière. Mais à mesure que la production augmente, Finnegan apprend aussi que tout l’argent qui entre dans la petite caisse du kiosque ne lui appartient pas nécessairement.

Les fruits coûtent de l’argent. Tout comme le sucre, les citrons et les pots.

« Cette année, il commence vraiment à comprendre cette partie-là, explique Scott. Quand il vendait un pot 5 $, j’en prenais 2,50 $ pour payer les ingrédients et les contenants. Il apprend ces choses-là au fur et à mesure. »

Le prix est maintenant passé à 6 $. La part qui revient à Finnegan est divisée entre ses économies, un fonds destiné à ses études et une somme qu’il peut dépenser à sa guise. Une partie des revenus sert également à faire un don à Kid- Sport. Finnegan se plaît aussi à acheter régulièrement des jouets à sa petite soeur.


2.Les confitures de Finnegan
Préparée simplement avec des fruits, du sucre et du citron, sans pectine ajoutée, la confiture de Finnegan est offerte à 6 $ le pot.

Finnegan’s Jams sur les tablettes

Les quatre brûleurs de la cuisine familiale commencent sérieusement à montrer leurs limites. Katie dispose d’une cuisine commerciale. Les deux familles discutent déjà de la possibilité d’y déplacer une partie de la production dès la prochaine saison.

Katie voit même plus loin.

« Notre souhait est qu’en 2027, Finnegan’s Jam sera la seule confiture sur mes tablettes. »

Elle envisage de délaisser sa propre production de confiture afin de donner cette place au jeune entrepreneur.

Pour Finnegan, cela ferait beaucoup de pots à transporter. Peut-être assez, finalement, pour justifier ce go-kart dont il rêve.

En attendant, la petite Jeep rose de Rankin devra continuer à faire le travail.

Et lorsqu’on lui demande quel conseil il donnerait à un autre jeune qui voudrait, lui aussi, lancer sa petite entreprise, Finnegan n’a pas besoin d’une longue réflexion.

« Travaille fort. »

5. Les confitures de Finnegan
Finnegan montre la taille impressionnante des fraises qui ont servi à préparer la plus récente cuvée de ses confitures.


Finnegan’s Jam

3211, County Line Road

(Route 232), Î.-P.-É., C0B 1M0

902-393-0610

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