14 octobre 2026
1.Un réseau pour avancer ensemble
Ashley Davis oeuvre dans le milieu policier depuis environ 19 ans. Instructrice à temps plein à l’Académie de police de l’Atlantique, elle souligne l’importance de mieux soutenir les femmes à différentes étapes de leur carrière, notamment lorsqu’elles doivent concilier le travail avec de jeunes enfants ou les soins à des parents vieillissants.


ERIC BERGERON
– La Voix acadienne – IJL - ATL

Réunies à Summerside du 5 au 8 octobre, des femmes provenant de différents secteurs des forces de l’ordre du Canada atlantique ont participé à la 32e conférence d’Atlantic Women in Law Enforcement (AWLE). Depuis les débuts de l’organisation, la même volonté demeure : créer des liens, apprendre les unes des autres et retourner au travail avec de nouveaux outils et un nouvel élan.

 

Pour l’inspectrice Ashley Davis, de l’Académie de police de l’Atlantique, le souhait était assez simple : que les participantes quittent Summerside avec « de nouvelles amitiés, de nouveaux contacts, de nouvelles idées et une énergie renouvelée pour retourner au travail ».

Présidente du comité de planification de l’édition 2026, elle travaillait à l’organisation de la conférence depuis environ un an avec ses collègues de l’Académie, parallèlement à leurs fonctions habituelles d’instructrices.

La conférence a rassemblé des policières, agentes de la paix, membres du personnel civil et représentantes notamment de la GRC, des services municipaux, de Pêches et Océans, des services correctionnels, des shérifs, des services de conservation et de Parcs Canada. L’événement était organisé en partenariat avec l’Académie de police de l’Atlantique, les services policiers de Summerside, Kensington et Charlottetown, la GRC de l’Île-du- Prince-Édouard, Justice et Sécurité publique de l’Île ainsi que Pêches et Océans.

« Notre objectif reste toujours le même : former les gens, créer des contacts, prendre le temps de se retrouver et d’apprendre sur les femmes dans les forces de l’ordre. Comment pouvons-nous nous améliorer? Comment pouvons-nous mieux travailler ensemble et nous soutenir? », explique Ashley Davis.

Le thème choisi cette année, innovation, intégrité et impact, a servi de fil conducteur à une programmation qui touchait autant les méthodes d’enquête que la santé, le développement professionnel et les réalités propres aux femmes dans ces métiers.

La conférence d’ouverture a été confiée à l’inspectrice Dawn Blake, du Tsuut’ina Police Service, en Alberta. Dans sa présentation intitulée Moments of Impact, elle a raconté son parcours de près de 30 ans dans les forces de l’ordre. Ashley Davis retient notamment son récit d’une enfance difficile à Six Nations et l’importance qu’a eue une personne qui l’a soutenue et inspirée à un moment déterminant de sa vie.

Une autre séance, consacrée à l’initiative canadienne 30Forward et présentée par les inspectrices Valerie Gates, du Barrie Police Service, et Andrea Torrie, du Hamilton Police Service, s’est intéressée non seulement au recrutement des femmes, mais à leur rétention et aux conditions permettant qu’elles puissent progresser et faire carrière à long terme.

Une étude de cas présentée par la constable Tara Parsonsde l’unité des crimes majeurs de la GRC à l’Île-du-Prince-Édouard, a aussi permis d’examiner des techniques d’enquête novatrices. La programmation a également abordé le stress, le sommeil, les hormones et la dérégulation du système nerveux, en plus d’une visite guidée de l’Académie de police de l’Atlantique consacrée notamment à l’évolution de la formation.

Une raison d’être qui remonte loin

Ce besoin de se retrouver ne date pas d’hier. Une première conférence destinée aux policières de la Division J de la GRC avait réuni une trentaine de femmes au Nouveau-Brunswick au début des années 1990. Quelques années plus tard, des participantes ont choisi de structurer davantage ces rencontres et d’en faire un rendez-vous annuel.

À l’époque, AWLE estimait qu’il n’y avait qu’environ 150 à 200 policières dans l’ensemble du Canada atlantique. Les invitations devaient parfois leur être envoyées directement, parce que celles qui passaient par les directions des corps policiers ne se rendaient pas nécessairement jusqu’à elles.

Carol Campbell-Waugh peut mesurer le chemin parcouru presque année par année. Détective- constable à la retraite de la Halifax Regional Police après 33 ans de carrière, elle assistait déjà aux rencontres qui ont précédé la création officielle d’AWLE. De 32 conférences, elle n’en a manqué que deux.

« Au début, si nous avions 30 femmes qui devenaient membres, nous étions tellement heureuses. C’était extraordinaire », se rappelle-t-elle.

Des années plus tard, lorsqu’elle s’occupait des adhésions, le nombre de membres a atteint environ 280. Elle se souvient surtout d’une époque où certaines policières pouvaient travailler à des centaines de kilomètres de la prochaine collègue avec qui elles auraient pu discuter d’un problème propre à leur réalité professionnelle.

« Certaines deviennent des amies pour la vie », dit-elle.

Ces réseaux ont aussi une utilité très concrète. Campbell- Waugh explique qu’au fil des ans, connaître une policière dans un autre service pouvait permettre de trouver rapidement la bonne personne lorsqu’une enquête nécessitait l’aide d’une unité spécialisée ailleurs dans la région.

Aujourd’hui encore, certaines préoccupations demeurent : conciliation travail-famille, congés parentaux, équipements adaptés aux femmes ou possibilités d’avancement.

« Certaines choses avancent très lentement, mais nous avons fait énormément de chemin », résume-t-elle.

La réalité derrière l’uniforme

Pour la caporale Catherine Allard, de la GRC au Nouveau- Brunswick, cette communauté rejoint aussi une réalité vécue quotidiennement sur le terrain.

Policière depuis 12 ans, elle supervise aujourd’hui sept membres tout en continuant, par choix, à répondre elle-même aux appels.

« J’adore encore ça. J’aime aller travailler. J’aime répondre aux appels, j’aime aider les gens. C’est pour ça que je suis devenue policière. »

Ces appels peuvent mener à des situations particulièrement lourdes. Dans la région de Moncton, dit-elle, son équipe intervient quotidiennement dans des dossiers de violence entre partenaires intimes.

2.Un réseau pour avancer ensemble
Catherine Allard, caporale de la GRC au Nouveau-Brunswick, compte 12 ans de service et dirige une équipe de sept membres tout en continuant à répondre elle-même aux appels. Elle dit particulièrement apprécier le travail de terrain et insiste sur l’importance de la compassion dans les interventions, notamment auprès de personnes qui vivent souvent l’un des pires moments de leur journée.

La réponse policière ne s’arrête alors pas nécessairement à l’enquête. Les agentes et agents peuvent également orienter les victimes vers des organismes capables de les aider à quitter une situation dangereuse, à protéger leurs enfants ou même à trouver temporairement un foyer pour leurs animaux de compagnie.

Pour Catherine Allard, la compassion compte autant que l’intervention. Elle se souvient de cartes de Noël reçues après des appels qu’elle-même considérait presque anodins.

« Pour moi, c’est un appel dans ma journée. Pour eux, c’est le pire moment de leur journée. Ils se souviennent de quelqu’un qui a eu de la compassion, du respect et qui a pris le temps de comprendre leur situation. »

Devant une profession où les journées peuvent accumuler les situations difficiles, elle s’impose aussi une discipline : chercher ce qui a été positif.

« Qu’est-ce qui m’a apporté du plaisir aujourd’hui? Qu’est-ce qui m’a apporté de la joie? C’était quoi, un bon moment de ma journée? »

Sinon, dit-elle, le négatif peut rapidement prendre toute la place.

C’est probablement là que se rejoignent le mieux les trois grands axes mis de l’avant par AWLE : le mentorat et le développement professionnel, la création de réseaux entre les personnes et les organismes, et la discussion ouverte des réalités vécues par les femmes dans les forces de l’ordre.

L'objectif, donc, n'est pas d’opposer les femmes à leurs collègues masculins, mais plutôt de leur donner un espace pour échanger sur certaines réalités communes, développer des outils et renforcer des liens professionnels qui peuvent ensuite servir bien au-delà de la conférence.

Près de trois décennies après la création d’AWLE, Ashley Davis voit toujours la même valeur dans le fait de réunir ces femmes. Elles sont arrivées à Summerside avec leurs expériences, leurs défis et leurs réussites. Elles en sont reparties avec celles des autres en plus.

Et, idéalement, avec cette énergie renouvelée qu’elle espérait transmettre à la conférence : non pas l’impression que tout est réglé, mais la confiance nécessaire pour continuer d’avancer ensemble.

3.Un réseau pour avancer ensemble
Carol Campbell-Waugh, détective-constable à la retraite de la Halifax Regional Police, a consacré 33 ans au service policier avant de prendre sa retraite en 2022. Impliquée dans AWLE depuis ses débuts, elle a contribué à la création de l’association, occupé le poste de secrétaire pendant deux mandats et dirigé pendant plusieurs années son programme de prix. Elle a reçu le prix AWLE de l’agente de l’année en 2010 et le prix du mentorat en 2011. (Photos : Eric Bergeron)

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