28 octobre 2026
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Justine Klinick (à gauche) et Jessica Dunlap, agentes correctionnelles au pénitencier fédéral de Dorchester, au Nouveau-Brunswick, racontent les défis d'un métier où la communication et le sang-froid sont essentiels.




Travailler dans un pénitencier fédéral exige une bonne dose de confiance en soi, un sens aigu de l'observation et une capacité à gérer des situations parfois imprévisibles. Deux agentes correctionnelles ont témoigné des réalités d'un métier méconnu du grand public.

Jessica Dunlap et Justine Klinick travaillent toutes deux au pénitencier fédéral de Dorchester. Elles cumulent respectivement plusieurs années d'expérience dans un environnement où une journée ordinaire peut rapidement prendre une tournure inattendue.

Pour Jessica, le choix de carrière était presque une affaire de famille. Son père, lui-même agent correctionnel avant de devenir formateur, lui avait pourtant déconseillé de suivre ses traces. « Il venait d'une autre époque, où les femmes avaient davantage de difficultés dans le milieu correctionnel. Je pense qu'il voulait simplement me protéger. »

Ses inquiétudes ne l'ont toutefois pas découragée. Elle estimait posséder le tempérament nécessaire, notamment une bonne confiance en elle et un sens de l'humour parfois noir, caractéristique qu'elle associe au milieu des forces de l'ordre.

« Je ne pense pas que je pourrais travailler ailleurs, honnêtement. »

Deux parcours, une même vocation

Justine quant à elle, envisageait plutôt une carrière à la Gendarmerie royale du Canada. Diplômée en criminologie de l'Université St Thomas, elle s'est toutefois heurtée à un marché de l'emploi difficile à l'époque.

Elle a donc soumis sa candidature au Service correctionnel du Canada. D'abord refusée, elle a finalement été rappelée pour une raison assez inattendue. « Ils ont découvert que je parlais aussi français, parce que j'avais fait mon immersion française à l'école. Tout à coup, ils étaient intéressés! » Elle a finalement réussi l'entrevue et la formation. Son père étant pompier de carrière, elle aussi avait grandi dans un environnement familier avec les métiers d'intervention.

Apprendre à dire non

Quelles qualités faut-il posséder pour travailler dans un pénitencier?

Pour Jessica, tout commence par la capacité à s'affirmer. « Il faut avoir une très bonne connaissance de soi. Il faut être capable de dire non et de le penser vraiment. »

Elle avait seulement 21 ans lorsqu'elle a commencé sa carrière. Donner des directives à des détenus parfois deux fois plus âgés qu me représentait alors tout un apprentissage. « Je me retrouvais à dire non à un homme de 40 ans, et il m'écoutait! C'était assez impressionnant. »

Avec l'expérience, elle a acquis une assurance qu me ne possédait pas au départ. Elle a surtout appris que l'autorité ne repose pas uniquement sur la force physique.

« Quand un détenu est très agité, il faut apprendre à le calmer en lui parlant, sans avoir recours à la force. »

La formation initiale du Service correctionnel du Canada dure environ trois mois. Le reste s'apprend largement sur le terrain, au contact des collègues.

« On observe différentes personnalités, différentes façons de travailler, puis on retient ce qui correspond à notre propre personnalité », précise Justine.

 

Quand la tension monte

Le quotidien d'une agente correctionnelle ne ressemble pas nécessairement aux scènes spectaculaires du cinéma. Les détenus suivent généralement leurs activités habituelles, tandis que le personnel assure une surveillance constante. Mais lorsqu'une altercation éclate, tout peut changer en quelques secondes.

Jessica décrit une intervention où deux agentes se retrouvent devant une quinzaine de détenus. Pendant que les renforts arrivent, elles doivent tenter de désamorcer la situation.

"Parfois, une personne ne veut tout simplement pas me parler parce qu'on a eu un désaccord la veille. Une autre agente peut alors intervenir et reprendre la conversation"

Cette complémentarité est essentielle. Selon Justine, les femmes ont souvent recours à leurs aptitudes à la communication pour désamorcer les tensions.

Mais qu’en est-il de la peur?

« Si tu es incapable de sortir de ta voiture le matin parce que tu es trop anxieuse à l’idée d’entrer au travail, ce métier n’est probablement pas pour toi », explique Justine.

Cela ne signifie pas qu’elles ne ressentent jamais d’appréhension.

« Quand une situation dégénère, l’adrénaline embarque naturellement. La question, c’est de savoir si cette réaction va t’empêcher de faire ton travail. »

Laisser la prison à la prison

La capacité à séparer le travail de la vie personnelle constitue un autre élément fondamental de cette carrière.

À Dorchester, les agentes entretiennent des liens étroits. Elles organisent des soupers, pratiquent des sports ensemble et participent à des activités sociales.

Mais lorsqu’elles se retrouvent à l’extérieur du pénitencier, elles s'efforcent de ne pas parler constamment de leur travail.

« Il faut parfois décider consciemment qu’on est là pour s’amuser et qu’on ne parlera pas du boulot », explique Jessica.

Le trajet entre le pénitencier et la maison devient même une occasion de décompression. Certaines collègues ont des points de repère précis sur la route où elles décident mentalement de laisser leur journée derrière elles.

« Il y en a qui disent qu’en passant devant une station-service, elles ferment l’interrupteur du travail », raconte-t-elle.

Une carrière accessible?

Pour les personnes intéressées, Jessica et Justine affirment que le Service correctionnel du Canada recrute régulièrement. Les candidatures se font en ligne. Les parcours scolaires peuvent varier, comme le démontrent leurs propres expériences.

Le bilinguisme peut également constituer un avantage, comme ce fut le cas pour Justine.

Les deux agentes approchent maintenant respectivement de leur quinzième et de leur dix-neuvième année de carrière. Malgré les difficultés et les exigences du métier, aucune ne semble regretter son choix.

Et si leur expérience permet de retenir une leçon, c’est peut-être celle-ci : dans un pénitencier, savoir parler et écouter peut se révéler aussi importante que savoir intervenir.


Eric Bergeron

 

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