28 octobre 2026
Avant de se lancer en politique, Zack Bell a fait carrière dans le journalisme et la vente. Aujourd'hui ministre, il considère l'écoute, la patience et l'engagement communautaire comme des qualités essentielles au métier d'élu
La politique, on en entend parler tous les jours. Mais qu'en est-il lorsqu'on choisit d'en faire son métier? Horaires imprévisibles, critiques publiques, responsabilités et avenir professionnel incertain : le ministre Zack Bell nous ouvre les portes d'une profession qui ne ressemble à aucune autre.
Les membres de la communauté acadienne et francophone connaissent maintenant bien Zack Bell, ministre responsable des Affaires acadiennes et francophones depuis mars 2026. Au cours des derniers mois, il a entrepris une tournée des régions pour rencontrer les citoyens et prendre connaissance de leurs préoccupations.
Mais avant de devenir ministre, Bell a suivi un parcours qui n'avait rien de celui d'un politicien traditionnel. Originaire de Guernsey Cove, il poursuit des études postsecondaires en Ontario et en Nouvelle-Écosse avant de revenir à l'Île. Journaliste et animateur à 720 CHTN (devenue Ocean 100), il a notamment couvert les travaux de l'Assemblée législative. Il a ensuite travaillé dans la vente chez KenMac Energy.
Élu député progressiste-conservateur de Charlottetown-Winsloe en 2020, puis réélu en 2023, il a occupé plusieurs fonctions parlementaires et ministérielles. Depuis septembre, il dirige le ministère du Développement économique, du Commerce et de l'Intelligence artificielle.
Du journalisme à la politique
C'est justement en couvrant l'Assemblée législative que Bell a commencé à envisager une carrière politique.
« Je me souviens avoir interviewé des députés et des ministres en me disant : quelle chance extraordinaire de pouvoir prendre des décisions pour toute une province et contribuer à rendre l'Île meilleure pour les générations futures! Je me disais qu'un jour, j'aimerais peut-être tenter ma chance. »
Son engagement comme entraîneur sportif a également nourri cette ambition. Après avoir longtemps pratiqué différents sprots, il souhaitait redonner à une communauté qui lui avait beaucoup apporté.
Cette expérience lui sert encore aujourd4'hui. « Beaucoup de politique se fait dans les arénas, sur les terrains de soccer ou de baseball. On rencontre des gens qui ont des idées auxquelles on n'aurait jamais pensé. Les bonnes idées ne viennent pas seulement des salles de réunion. »
Un métier sans horaire fixe
À quoi ressemble une journée de travail d'un député? Impossible, selon Bell, d'établir un horaire type. Les responsabilités varient selon qu'on siège dans l'opposition, qu'on est simple député du gouvernement ou qu'on occupe un poste ministériel.
« Comme député, on veut rester proche de sa circonscription. Mais comme ministre, on est aussi responsable d'un ministère qui dessert toute la province. Il faut toujours garder les deux perspectives en tête. »
Une grande partie du travail consiste à écouter les préoccupations des citoyens. Père de deux enfants, Bell tente d'assister à leurs activités sportives.
Mais décrocher complètement demeure difficile.
« On n'est jamais vraiment en congé. À l'Île-du-Prince-Édouard, on connaît toujours quelqu'un à l'épicerie ou à la station-service. Et les gens viennent naturellement nous parler. »
Savoir écouter, accepter la critique
Quelles compétences faut-il posséder pour exercer cette profession? Pour Bell, l’écoute arrive en tête de liste, suivie de la capacité à défendre ses convictions, de la patience, du travail acharné et d’une excellente gestion du temps.
Il reconnaît également avoir appris à considérer davantage les points de vue opposés aux siens. La critique publique constitue toutefois l’un des aspects les plus difficiles du métier, particulièrement avec les réseaux sociaux.
« Les gens ont parfaitement le droit d’avoir leurs opinions. Mais sur les réseaux sociaux, certains ont l’impression de pouvoir dire absolument n’importe quoi sans conséquences. »
Plutôt que d'alimenter les confrontations, Bell préfère proposer une conversation directe aux personnes qui le critiquent. Certaines acceptent, d’autres non.
« L’Île est beaucoup trop petite pour que je perde des amitiés simplement parce qu’on n’est pas d’accord sur certaines questions. »
Une carrière sans garantie d’emploi
Contrairement à la plupart des professions, les élus doivent périodiquement convaincre leur employeur collectif : l’électorat.
Bell compare cette réalité à son ancienne carrière dans la vente à commission. « On peut consacrer énormément de travail à une proposition et se faire répondre que le client n’est pas intéressé. En politique, on travaille aussi fort que possible, puis, aux élections, on présente essentiellement son CV aux électeurs. S’ils répondent non, il faut l’accepter. »
Il y voit une forme d’esprit entrepreneurial. La capacité d’accepter un échec, d’en tirer des leçons et éventuellement de recommencer devient essentielle.
Comment se lancer?
Il n’existe aucun diplôme obligatoire ni parcours professionnel précis pour devenir député. Bell recommande aux personnes intéressées de s’impliquer dans leur communauté, de s’informer sur le fonctionnement des différents ordres de gouvernement et de développer leur connaissance des enjeux publics.
Il suggère également de discuter avec des élus pour comprendre les avantages et les inconvénients du métier avant de s’engager.
Regrette-t-il son choix?
« Je ne referais absolument pas ça! », lance-t-il à la blague, avant de reconnaître qu’il s’agit d’une des expériences les plus enrichissantes de sa vie.
« Certaines situations sont très personnelles. On ne va certainement pas publier une photo devant la maison de quelqu’un pour annoncer qu’on l’a aidé! Mais lorsqu’on réussit à régler un problème qui compte vraiment pour cette personne, c’est extrêmement gratifiant. »
Et lorsqu’aucune solution n’est possible? C’est précisément ce qu’il trouve le plus difficile : devoir accepter qu’on ne peut pas toujours aider, même avec les meilleures intentions
Eric Bergeron






