Mars/Avril

Alain Rémond est natif de France.  Arrivé au Canada en 1983, il a vécu au Québec, en Ontario et au Manitoba, avant de choisir l’Île. 

En septembre 2016, Alain Rémond s’est établi sur une ferme laitière de Kensington, avec sa famille.  Pour le «clan» Rémond, ce déménagement n’était guère le premier.  Alain Rémond, natif de France, de la Bretagne plus précisément, est arrivé au Canada avec très peu d’argent dans son baluchon, à l’âge de 18 ans, en 1983.  Il a vécu au Québec, en Ontario, au Manitoba et maintenant, à l’Île-du-Prince-Édouard.  

«Je suis arrivé en 1983.  Mon père était marin dans sa jeunesse et après, il a vécu de l’agriculture.  J’ai grandi sur une ferme familiale, mais j’ai toujours été attiré par les histoires de voyage de mon père».

L’année de ses 18 ans, Alain est sorti de l’école en juin et quelques semaines plus tard, il travaillait sur une ferme laitière au Québec.  

Un an plus tard, il était en Ontario, à Saint-Isidore, pour ceux qui connaissent l’Ontario francophone.  Marié en janvier 1986 avec Janna, c’est aussi durant cette année-là que le couple a acheté une première ferme.  

«Il n’y avait que les bâtisses.  Pas de quota, pas d’animaux.  On a décidé d’élever des cochons.  Parallèlement, en 1985, mes parents sont venus vivre au Canada et ils avaient acheté une petite ferme non loin de la nôtre.  En 1998, nous avons vendu notre ferme et racheté celle de mes parents, pour diminuer la dette de la famille et pour que mes parents puissent retourner en France.  Dans ce temps-là, en Ontario, les quotas de lait coûtaient excessivement cher, alors qu’au Manitoba, c’était beaucoup plus abordable.  Nous avons donc décidé de vendre notre affaire en Ontario et d’acheter ce que nous pourrions nous permettre au Manitoba.  Ma femme vient du Manitoba, et nous avions quatre enfants.  Nous avons trouvé une ferme dans une communauté mennonite “moderne”.  Les bâtiments étaient très vieux et il y avait des roches dans les champs, mais nous avons fait avec».

Alain Rémond s’est fait beaucoup d’amis, partout où il a vécu.   «Je parle régulièrement avec des amis de l’Ontario.  Lorsque nous avons vécu dans une communauté mennonite, nous avons suivi la routine religieuse avec respect et intérêt.  Je n’étais pas obligé, et personne dans la communauté ne nous y obligeait, mais ça s’est fait naturellement.  Je vivais chez eux donc je vivais comme eux.  Cela ne correspondait pas à mes croyances, mais j’ai beaucoup appris sur la culture mennonite».

De 2000 à 2010, Alain Rémond a fait prospérer sa ferme qui a doublé de volume.  Le père de famille a commencé à tester l’intérêt de ses quatre enfants à reprendre la ferme.  Trois n’étaient pas du tout intéressés.  Dianna par contre, se voyait très bien vivre sur une ferme, mais pas avant d’avoir vécu un peu, et fait autre chose.  

Alain Rémond a donc décidé de vendre sa ferme laitière, pour acheter une ferme de poulets.  Dianna, qui travaillait dans un restaurant en Colombie-Britannique, a convaincu son père d’acheter le restaurant qui était à vendre afin qu’elle puisse le gérer, ce qu’elle a fait jusqu’au printemps 2016.  

À partir de 2013, Alain Rémond, en même temps qu’il s’occupait de sa ferme de poulets, a commencé à regarder du côté de l’Île-du-Prince-Édouard.  On lui disait que ça ressemblait à sa Bretagne natale, et que la vie y était bonne.  Il est donc venu au moins une fois par année, jusqu’en 2016, pour visiter des fermes.  

Il aimait ce qu’il voyait de l’Île-du-Prince-Édouard, mais la famille ne pouvait pas déménager avant d’avoir tout vendu, ferme, maison et restaurant, ce qui s’est produit au printemps 2016.  

«Cette ferme-ci, j’ai rencontré le propriétaire le 31 août et j’ai acheté le 1er septembre.  Dès que je l’ai visitée, j’ai su que je voulais vivre ici.  Je me suis très bien entendu avec le propriétaire, qui voulait trouver quelqu’un qui prendrait bien soin de sa ferme.  Il habite tout près.  Il vient prendre un café chaque semaine», raconte Alain Rémond.  

La ferme comprend 60 vaches en lactation, plus les génisses et les veaux, et 330 âcres de terre.  Les Rémond ont acheté la maison de la ferme, ainsi qu’une maison voisine, où vivent leur fille Dianna, son conjoint Robert (natif de Bathurst N.-B.), et leur premier enfant qui est né à l’Île.  

Dianna travaille sur la ferme, et son conjoint, qui n’y connaissait rien du tout, vient tout juste de suivre une formation portant sur la gestion de troupeau.  

La ferme RedView est véritablement un projet familial.  «Je suis un ardent défenseur de la ferme familiale et cette ferme va permettre à notre famille de bien vivre.  Nous sommes très bien situés, le paysage est magnifique et c’est vrai que ça ressemble à la Bretagne.  Et puis, le rythme de vie ici est beaucoup plus lent.  On apprend à être moins pressés», dit le chef du clan Rémond.  

Au Manitoba, le troupeau laitier des Rémond était 100 % Jersey, les vaches préférées d’Alain.  «Elles sont petites, elles sont jolies et affectueuses.  En plus, ce sont les vaches que nous avions sur la ferme lorsque je vivais en France.   Elles donnent un lait magnifique, riche et bon au goût.  Ici, le troupeau de base est Holstein, mais j’ai acheté 12 génisses Jersey qui devraient commencer à donner du lait d’ici un an.  Je prévois agrandir l’étable pour les ajouter aux vaches existantes».

Janna et Alain Rémond vivent à l’Île depuis quelques mois seulement.  Janna trouve que l’intégration se fait plus lentement que lors des déménagements précédents.  «Auparavant, les enfants étaient avec nous et par l’entremise de l’école, nous rencontrions tout de suite beaucoup de gens.  Ici, c’est différent», dit la dame en suivant sa recette de poulet à la marocaine, et en ajoutant les uns après les autres les ingrédients d’une longue liste. 

Le «clan» Rémond a non seulement empêché le démantèlement éventuel d’une ferme laitière, mais il a aussi augmenté la population insulaire de cinq personnes, qui sont intéressées à contribuer à leur nouvelle communauté, comme ils l’ont fait ailleurs dans le passé.


Dans sa maison de Irishtown, Alain Rémond a quatre horloges réglées sur les heures de la France, de l’Ontario, du Manitoba et de la Colombie-Britannique. 

- Par Jacinthe Laforest

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