29 Janvier 2022
Mélanie Morin, traductrice indépendante. (Photo : Gracieuseté)
Que l’on soit bilingue de naissance ou pas, faire de la traduction de documents n’est pas donné à tout le monde. Être traducteur ou traductrice, ne se résume pas à prendre un texte, dans une langue, et le rédiger au mot à mot dans une autre. Ça va bien au-delà de ça. C’est comprendre et s’imprégner du message d’un document et le faire vivre dans un nouveau langage, en utilisant la syntaxe, l’étymologie, la terminologie et les règles de grammaire et conjugaison adaptées. Tout ceci, dans le but de donner le même sens et la même profondeur au texte traduit, qu’à celui d’origine.
Mélanie Morin est une mère de famille de 3 enfants, résidente de Charlottetown et amoureuse des mots et de la langue française. Sa profession : traductrice indépendante. Mélanie a mis un pied dans le monde de la traduction assez jeune. C’est au cours de son baccalauréat en traduction, à l’Université d’Ottawa, qu’elle s’est vue offrir ses premiers contrats saisonniers de traductrice «J’ai commencé à faire de la traduction avec le gouvernement de l’Île-du-Prince-Édouard pendant que j’étais étudiante, pendant l’été», avant de se voir proposer un poste définitif à temps plein, une fois son diplôme obtenu.
Après 5 ans au Gouvernement, trois enfants et une entreprise créée et revendue, Mélanie décide de se lancer en 2019, en tant qu’indépendante «Je me suis rendu compte que j’avais assez de clients à la pige et que c’était le bon moment. Avec la crise sanitaire et les enfants à la maison, travailler à mon compte était la meilleure chose à faire».
Dans notre petite et belle province, où les gens se connaissent et se recommandent, Mélanie peut ainsi compter sur son expérience passée pour ses contrats actuels, «L’un de mes clients principaux est le gouvernement de l’Île-du-Prince-Édouard. J’avais déjà établi des relations avec la personne qui distribue le travail donc j’ai pu me reconnecter avec elle».
Parce que malgré l’embauche de traducteurs et traductrices permanents et à temps plein au sein du gouvernement, la charge de travail reste relativement importante et les contrats s’accumulent. Quant à la Covid-19, qui a été un frein pour tellement d’indépendants et de petites et moyennes entreprises, elle a eu un impact positif pour elle «Au début de la Covid il y avait beaucoup de communiqués de presse qui nécessitaient un travail immédiat, parce que ce qui sortait en anglais devait également sortir en français. Je recevais des textes en fin d’après-midi et je devais les traduire et les retourner pour une diffusion le matin suivant».
Qualité de travail
Avec les années, la qualité de son travail et le bouche-à-oreille, ses clients viennent à elle, pour la plupart. «J’ai établi un bon réseau. Certaines personnes appellent le service de traduction du gouvernement pour être recommandées à un traducteur et j’obtiens des contrats comme ceci. Ou des rencontres et des discussions inattendues, qui amènent de nouveaux contacts et de nouveaux contrats. Parfois, je me retrouve à faire du travail pour 7 différents clients pendant la même semaine!»
Achat local
Mais ce n’est pas tout. Le processus «acheter local» fonctionne pour l’achat de biens, mais il fonctionne aussi très bien et fait tout son sens pour l’achat de services également, «Aujourd’hui tu peux facilement trouver des traducteurs à travers le monde et leur envoyer des travaux par courriel. Mais à l’Île-du-Prince-Édouard, les gens m’engagent parce que je suis ici, je comprends la culture, je comprends le contexte dans lequel le document a été écrit et je peux l’adapter au destinataire et aux gens qui sont ici. C’est quelque chose que tu perds si tu fais traduire ton document ailleurs».
Ce qui est sûr c’est qu’en un peu moins de 3 ans, la jeune femme a su se faire une belle place dans le monde de la traduction, sur la province. Son plus gros contrat, Les Jeux du Canada 2023, qui se dérouleront sur notre belle île, du 18 février au 5 mars 2023 «C’est un gros contrat. J’ai dû engager une personne parce que c’est beaucoup de travail. J’ai traduit tout leur site internet, et les offres d’emplois qu’ils font paraître, je travaille également sur la traduction d’un autre site internet, qu’ils sont en train de créer pour les chefs de mission. Les Jeux du Canada incluent des gens de partout au pays, donc tout doit être bilingue».
Métier en grande demande
La demande de traducteurs et traductrices est grande sur l’Île-du-Prince-Édouard et l’offre l’est beaucoup moins. Cette jeune femme passionnée, dont le métier permet de toucher de multiples domaines, pourrait faire naître des vocations, «L’une des choses dont les gens n’ont pas conscience, quand tu fais de la traduction, c’est qu’il est important de comprendre le texte de départ pour en faire la traduction en français. Il y a un travail de lecture et de recherche, afin de bien comprendre le domaine et le vocabulaire, de s’en imprégner, et de le rendre disponible aux personnes qui parlent une autre langue».
Mélanie est certes une passionnée, mais pour réussir et vivre de son activité, elle n’en reste pas moins une entrepreneure et une bonne. Vous l’aurez compris, la traduction de documents c’est réussir à faire vivre et ressentir la même chose, à des personnes qui liront le même texte, écrit dans une langue différente. Un travail essentiel, mais difficile.
- Angeline Herlory






