5 décembre 2024

Marie Paule Elomo. (Photo : Jacinthe Laforest, La Voix acadienne)

Marie Paule Elomo. (Photo : Jacinthe Laforest, La Voix acadienne)
Marie Paule Elomo a déménagé à l’Île-du-Prince-Édouard en 2013 pour étudier au Collège de l’Île. Elle y est arrivée avec deux enfants un fils de 4 ans et demi et une fille de 2 ans et demi. Une autre fille naîtra en 2016.
Elle obtient son certificat de commis comptable et d’adjointe administrative bilingue. Pendant ses études, elle effectue des stages auprès du ministère de l’Éducation et au Centre de la TPS. «Même si j’avais un permis de travail ouvert partout au Canada, je n’avais pas assez d’anglais, ni de résidence permanente; alors je ne qualifiais pas pour des emplois à l’Île», de dire Marie Paule. Ella a été finalement embauchée comme monitrice de langue.
Elle travaille quelques années dans ce poste, puis deux ans dans le domaine de la petite enfance comme éducatrice dans deux différentes garderies.
Finalement elle voit qu’il y a un poste d’adjointe administrative ouvert au Réseau Santé en français Î.-P.-É. «J’y dépose mon curriculum, je suis embauchée et je débute en mars 2021», dit-elle. «J’avais alors assez d’anglais car, grâce à la Coopérative d’intégration francophone (CIF) où j’étais allée pour des services, j’avais suivi un cours d’anglais en ligne.»
«J’étais très heureuse d’avoir enfin l’opportunité de pouvoir travailler dans mon domaine d’études et de pouvoir mettre mes capacités en action au Réseau. Mon emploi a pris fin en août dernier. Au lieu de m’asseoir à la maison avec l’assurance-emploi, je suis retournée aux études en petite enfance au Collège de l’Île pour les niveaux 2 et 3, avec l’aide d’une subvention provinciale. J’avais déjà suivi le niveau 1.
Intégration difficile
«Mon parcours a été très difficile et je suis bien contente d’avoir été accompagnée par la CIF dans le processus», poursuit-elle. «Je ne les remercierai jamais assez, tout comme les gens de la région Évangéline qui m’ont beaucoup aidée au cours des années.
Son dossier de résidence permanente a été toute une expérience, ayant été rejeté à trois reprises. «J’avais embauché une personne pour s’en occuper», dit- elle, «elle n’a pas fait un mauvais ou un bon travail, je prenais ce qui arrivait et plus cette situation se produisait, plus je sentais que quelque chose n’allait pas. »
Angie Cormier, de la CIF, a alors pris son dossier en main, car Marie Paule n’avait plus d’argent pour payer un avocat.
Elle a finalement obtenu sa résidence permanente en 2021, après le décès de son époux au Cameroun. «Il ne l’a pas su et je n’ai pas pu y aller à cause de la COVID. C’est une blessure que j’essaie de guérir, ce fut un gros coup pour nous», ajoute-t-elle. «Mon mari était là pour nous et se battait pour que les enfants aient une meilleure chance d’étudier et de travailler un jour. Ils ne pourraient pas faire ça en Afrique. Je remercie Dieu de l’avoir convaincu que c’était pour notre bien de venir ici.»
«Jusqu’à présent, on guérit. Je remercie la communauté qui m’a adoptée, elle est parfaite à mes yeux. Cette communauté parle d’humanisme, d’amour, de dévouement, ce qui est la plus grande richesse et je remercie toutes les personnes que j’ai rencontrées depuis que je suis ici.»
Elle ajoute qu’ils sont partis d’un pays pour s’installer dans un autre, donner le meilleur d’eux-mêmes, partager des connaissances et ils ont été adoptés par l’ÎPÉ.
«En 2013, j’avais des regrets d’avoir déménagé, les gens étaient curieux et voulaient savoir d’où je venais. À notre premier anniversaire ici, Darlene Arsenault a organisé une rencontre au Centre Goéland. J’ai appris d’eux et ils ont appris de moi et c’est parti seul, les gens me saluaient désormais avec de beaux bonjours. La curiosité du regard s’est changée, on se sentait acceptés. Faire des soirées pour rassembler a aidé à comprendre. Des gens que je ne connaissais pas m’ont acceptée comme je les ai acceptés et on n’hésite pas à s’aider. Nous devons cependant donner le temps d’apprendre de nous et nous devons nous intégrer.»
La charge est lourde
Son cours en petite enfance au Collège de l’Île se terminera en 2025. Elle porte une lourde charge avec un seul revenu, personne qui l’aide et elle est très fatiguée. «Je sens que je délaisse les enfants», dit-elle, «mais je prends toujours le temps d’avoir de bonnes jasettes avec eux quand c’est possible. Je n’ai pas d’autres revenus et je veux trouver quelque chose qui me donnera plus d’argent. Je suis fière d’avoir les deux langues officielles ainsi que l’espagnol.»
Elle fréquente le Collège de 9 h à 17 h et parfois elle étudie jusqu’à 22 h – 23 heures. Elle a beaucoup de devoirs et son fils l’aide un peu pour le ménage; quand elle arrive à la maison, il a lavé les assiettes et il peut faire un peu de cuisine. Elle fait le reste et essaie de s’arranger malgré les plaintes des enfants. Parfois des amis peuvent les emmener aux sports.
«Je dois poursuivre mon parcours», dit-elle, «mes enfants me disent que je suis leur idole. Un soir j’étais tombée endormie et quand je me suis réveillée ils avaient mis une couverture sur moi. Je sais qu’on doit continuer et j’ai besoin de la santé pour donner à mes enfants ce dont ils ont besoin.»
«Même si je déménageais un jour de l’Île», conclut-elle, «mon cœur, mon village, un endroit où dormir, où il y a de belles choses; ce sera toujours cette belle petite communauté d’Évangéline.»
- Texte de Claire Lanteigne

Marie Paule en compagnie de son fils Robert, 15 ans, 11e année à l’école Three Oaks de Summerside; Doriane, 13 ans en 8e année et Nolane, 8 ans, en 3e année, toutes deux à l’École Évangéline. Cette photo a été prise la journée où elle et son fils ont reçu leur citoyenneté canadienne.






