30 septembre 2026
Kevin Quiblier, gestionnaire et conseiller en emploi au Service d’appui à l’emploi ÎPÉ de RDÉE ÎPÉ, accompagne les chercheurs d’emploi et les personnes en réorientation professionnelle, tout en appuyant les employeurs dans leurs besoins de recrutement.
ERIC BERGERON
Le Service d’appui à l’emploi ÎPÉ ne s’adresse pas seulement aux personnes sans emploi. Il accompagne aussi celles qui envisagent un changement de carrière, veulent mieux faire valoir leurs compétences ou ne savent tout simplement pas quelle direction prendre. Présent dans six régions de l’Île, le service mise sur un accompagnement personnalisé et gratuit.
Une personne peut avoir travaillé pendant 10 ou 20 ans dans le même domaine et se retrouver soudainement devant une question difficile : qu’est-ce que je peux faire d’autre?
Pour Kevin Quiblier, gestionnaire et conseiller en emploi au Service d’appui à l’emploi (SAE) de RDÉE Île-du-Prince-Édouard, la réponse se trouve souvent dans des compétences que la personne possède déjà, sans nécessairement en connaître la valeur.
Il donne l’exemple d’une infirmière ayant travaillé pendant une vingtaine d’années dans son domaine. Arrivée à l’Île, elle faisait face à des démarches pour obtenir son permis de pratique et ne souhaitait plus nécessairement retourner dans l'environnement hospitalier.
En discutant avec une conseillère du SAE, elle a commencé à regarder son expérience autrement : gestion, organisation, relations avec les gens, prise de décisions et nombreuses autres responsabilités acquises au cours de sa carrière.
« C’est vraiment le transfert de compétences », résume Kevin Quiblier. Une expérience professionnelle peut donc ouvrir des portes bien au-delà du métier dans lequel elle a été acquise.
Pas seulement pour les personnes sans emploi
C’est justement l’une des idées que le SAE souhaite mieux faire connaître.
Le service peut accompagner une personne qui cherche activement un emploi, mais aussi quelqu’un qui travaille déjà et qui souhaite changer de métier, se réorienter ou retourner en formation.
« Ça peut être quelqu’un qui a 20 ans de boîte, qui en a ras le bol et qui ne sait pas où aller. On va essayer de l’orienter », explique Kevin Quiblier.
Les conseillers commencent par discuter avec la personne de son parcours, de ses besoins et de ses objectifs. Ils peuvent ensuite l’aider à préparer ou à revoir son curriculum vitae, à rédiger une lettre de présentation, à se préparer à une entrevue ou à réfléchir à une nouvelle orientation professionnelle.
Le principe n’est toutefois pas de faire les démarches à sa place. « Le but, c’est quand même que les gens se prennent en main et qu’ils soient acteurs de leur recherche et de leur changement de carrière », explique-t-il.
Le service peut également diriger les personnes vers d’autres ressources lorsque leurs besoins dépassent son mandat, notamment en matière de formation ou de soutien spécialisé.
Plusieurs points de service
Le SAE est accessible dans six régions de l’Île. Trois centres offrent une présence régulière : le Centre d’action rural de Wellington, le Centre Belle-Alliance à Summerside et le Carrefour de l’Isle-Saint-Jean à Charlottetown. Des postes informatiques sont également accessibles à DeBlois, Rustico et Rollo Bay. Dans ces trois derniers endroits, un conseiller peut offrir son aide à distance ou se déplacer sur rendez-vous.
Les ordinateurs donnent notamment accès aux outils nécessaires pour préparer un curriculum vitae (CV) ou une lettre de présentation ainsi qu’à une sélection de sites de recherche d’emploi.
Mais le SAE travaille aussi de l’autre côté du marché du travail.
Une navigatrice provinciale, Emmanuelle Camara, établit des liens avec des employeurs francophones, francophiles ou anglophones à la recherche de travailleurs bilingues ou francophones.
Lorsqu’un employeur recherche un profil particulier, l’équipe peut tenter de le mettre en relation avec des candidats possédant les compétences recherchées.
Le service peut même aider de petites entreprises qui disposent de peu de ressources en gestion des ressources humaines à améliorer leurs offres d’emploi.
« On fait un peu du soutien RH. Il y a de petites entreprises qui n’ont pas forcément les ressources ou qui ne savent pas toujours comment bien rédiger une offre d’emploi. On peut les aider à la retravailler, puis à trouver des candidats qui correspondent davantage à leurs besoins », résume Kevin Quiblier.
Les autres membres de l'équipe du Service d’appui à l’emploi ÎPÉ sont Emmanuelle Camara, Marthe Ngombi, Julien Fournel et Deb O'Hanley. (Photos : Courtoisie)
Ne pas envoyer son CV partout
L’accompagnement permet aussi d’éviter certaines erreurs courantes.
L’une d’elles consiste à utiliser exactement le même CV pour chaque poste. Kevin Quiblier recommande plutôt de l’adapter à l’offre visée et de faire ressortir les compétences pertinentes.
Une lettre de présentation peut également permettre à l’employeur d’en apprendre davantage sur le candidat, même lorsqu’elle n’est pas expressément demandée.
Il déconseille également de répondre à toutes les offres simplement parce qu’on ressent l’urgence de trouver un emploi.
« À la fin de la journée, tu auras peut-être fait 15 CV et les derniers vont être vraiment mauvais. Tu n’auras pas vraiment orienté ton CV vers ta recherche. »
Après avoir préparé une multitude de candidatures dans une même journée, la qualité risque de diminuer et le candidat peut finir par postuler à des emplois qui lui correspondent peu.
Il ne faut pas non plus sous-estimer son expérience, ses diplômes, ni son réseau. Kevin Quiblier rappelle que beaucoup d’emplois se trouvent encore par le bouche-à-oreille. Il arrive même qu’un poste soit déjà promis à quelqu’un avant que l’offre ait vraiment circulé.
Des CV qui ont changé
Les méthodes de recrutement ont également évolué. Un CV préparé selon les habitudes d’un autre pays ne correspond pas nécessairement aux attentes canadiennes. Kevin Quiblier cite le cas d’une personne arrivée d’Allemagne avec d’importantes qualifications en graphisme et en arts, mais dont le CV suivait les conventions européennes.
L’équipe lui a notamment expliqué que certaines réalisations auraient davantage leur place dans un portfolio distinct. Les systèmes automatisés de suivi des candidatures, souvent désignés par le sigle ATS, changent eux aussi la façon de préparer une candidature. Le choix des mots-clés et la manière de présenter l’expérience peuvent influencer la capacité d’un CV à franchir cette première étape du recrutement.
Les conseillers du SAE suivent d’ailleurs une certification nationale en conseil en emploi et en gestion de cas afin d’approfondir leur expertise.
Un service pour rester à l’Île
Le SAE découle d’une initiative fédérale déployée par le réseau RDÉE dans les communautés francophones en situation minoritaire. À l’Île, l’équipe complète est en place depuis environ un an.
Son objectif dépasse la simple recherche d’un prochain emploi. Il s’agit aussi de contribuer à retenir à l’Île des travailleurs francophones et francophiles et de mettre leurs compétences en relation avec les besoins des employeurs.
Le service financé par Emploi et Développement social Canada s’adresse aux citoyens canadiens, aux résidents permanents et aux réfugiés admissibles. Les personnes détenant uniquement un statut temporaire ne sont pas admissibles dans le cadre actuel du financement et doivent être dirigées vers d’autres ressources.
Pour Kevin Quiblier, le message à retenir demeure simple : une recherche d’emploi ou un changement de carrière n’a pas à se faire seul.
Une personne qui se reconnaît dans cette situation peut commencer ses démarches auprès du Service d’appui à l’emploi ÎPÉ sur le site de RDÉE Île-du- Prince-Édouard, dans la section Emploi, ou auprès de l’un de ses six points de service.






