5 juin 2022

Les préposées aux soins Sheila Barriault, Tammy Strongman, la directrice par intérim Claudette Thériault et le résident Ronnie Gallant.

Les préposées aux soins Sheila Barriault, Tammy Strongman, la directrice par intérim Claudette Thériault et le résident Ronnie Gallant.
La Coopérative Le Chez-Nous Ltée a changé la vocation de son projet d’ouvrir 12 lits de soins de longue durée. Ils deviendront plutôt des lits de soins communautaires, comme les 48 lits déjà existants. «Nous avons une liste d’attente », de dire Claudette Thériault, directrice générale par intérim, « alors ça comblera des besoins».
On recrute actuellement deux préposées aux soins en attendant le permis qui permettra le transfert de ces 12 lits. Ce n’est que pour quelques années en attendant que la situation se rétablisse.
Pour ouvrir 12 lits de soins de longue durée, Le Chez-Nous avait besoin de quatre à cinq infirmières autorisées bilingues. Ces lits devaient ouvrir le 1er juin. Une campagne offrait une récompense de 1 500 $ aux résidents de l’ÎPÉ qui recommandaient des personnes aux postes d’infirmières disponibles. La province avait annoncé un incitatif du genre en décembre 2021.
«Nous n’avons pas eu de succès avec le recrutement d’infirmières», d’ajouter madame Thériault, «car il y a beaucoup de défis. Le Chez-Nous est une coopérative qui n’est pas rattachée à la santé publique (Santé ÎPÉ). On offre des conditions de travail et des avantages très intéressants, mais on ne peut transférer des avantages des infirmières de la santé publique comme leur temps de maladie accumulé, leur temps de vacances, leur ancienneté, etc. »
Elle ajoute que le recrutement actuel n’est pas facile, même si on ne demande pas de formation ni d’expérience. Faute de francophones, on doit embaucher des préposées anglophones. «C’est la triste réalité, dit-elle, sinon on devra garder des lits fermés. On a pensé à recruter à l’international, mais le problème de logement n’aide pas à attirer des gens de l’extérieur. C’est tout un défi, car on ne peut pas embaucher si on ne peut pas s’engager à trouver un logement.»
Un autre défi à l’embauche de préposées aux soins c’est l’annonce du gouvernement de l’Île en avril dernier qu’on va payer les frais de scolarité. «Ça va aider les gens des manoirs, qui sont sous le programme de Santé ÎPÉ», conclut-elle, mais non Le Chez-Nous, qui est un organisme à but non lucratif.» Les personnes qui suivront la formation iront travailler pour les meilleures conditions, dont des salaires plus élevés.
En consultant le site Emplois ÎPÉ, on peut voir qu’il y a encore un grand nombre de postes ouverts partout dans la province pour des postes de tous genres au niveau des soins de santé.
Recrutement de personnel infirmier : défis de taille
Nicole Arsenault Bernard, une consultante indépendante, originaire de la région Évangéline et qui demeure à Québec, a eu un contrat de la Coopérative d’intégration francophone de l’ÎPÉ. Elle a tenté de relever ce grand défi de recruter des infirmières et des infirmiers pour Le Chez-Nous. Il y a toujours eu beaucoup de postes ouverts pour des infirmières bilingues partout dans la province, au pays et même à l’international. Il y avait une pénurie avant et la pandémie n’a pas aidé.
«En plus du gros défi au recrutement pour un milieu de travail qui n’est pas rattaché à celui de la santé publique à l’Île, d’autres défis au recrutement entourent bien sûr la pénurie nationale d’infirmières et la pandémie», de dire madame Bernard. Elle ajoute que plusieurs infirmières ont déjà quitté leur profession et donc, les infirmières restantes ont vraiment le choix par rapport à où aller (province) et où travailler (milieu de travail). C’est un gros défi pour tout employeur, mais encore plus pour un employeur qui n’est pas rattaché ou régi par la santé publique. Les implications financières ne sont pas les mêmes.
«Un autre défi est celui des offres de la compétition», ajoute madame Bernard. «On se vole ces professionnelles d’une province à l’autre depuis longtemps et plusieurs partent pour les États-Unis, qui offrent de grosses primes de recrutement. Elle dit qu’on voit de plus en plus d’offres listant des allocations pour le déménagement, des primes à l’embauche, etc. Des montants de 5 000 $ ici et 10 000 $ là, c’est alors très difficile pour un plus petit employeur de compétitionner avec de telles offres.
Avec la pandémie, c’est dans le milieu des soins de longue durée qu’il y a eu le plus d’impacts, alors cela affecte énormément le recrutement, et ce, partout au Canada. Non seulement que de recruter une infirmière autorisée en soins de longue durée c’est comme si on cherchait déjà une licorne, mais qu’en plus, en cherchant quelqu’un étant bilingue, c’est comme si un employeur cherchait une licorne d’une couleur spécifique.
Madame Bernard croit que c’est très important pour un employeur qui a une clientèle majoritairement francophone comme Le Chez-Nous d’offrir les services en français pour ses résidents, dont plusieurs ne parlent/ne comprennent pas beaucoup (pas du tout) l’anglais. «Il faut considérer qu’en vieillissant et en développant des troubles comme la démence, les francophones qui sont dans les soins de longue durée finissent souvent par ne plus comprendre leur 2e langue, soit l’anglais», dit-elle. Cela veut donc dire que le recrutement vise des infirmières autorisées qui maîtrisent parfaitement le français, comme langue de travail, ainsi que l’anglais, pour respecter la politique provinciale sur les exigences linguistiques.
Le défi le plus important au recrutement international est lié aux barrières de la langue et la politique «English Language Proficiency Policy», qui exige que les infirmières éduquées à l’international passent un examen – IELTS ou CELBAN – et les scores requis sont très élevés. «De plus, tout le processus entourant la reconnaissance des qualifications des infirmières éduquées à l’international ajoute à ce défi important (complexité, durée et coûts)», conclut-elle.
- Claire Lanteigne

Nicole Arsenault Bernard.






